Et si on modifiait le Bassin d’Arcachon ?

Vous le savez peut-être, la jonction entre le bassin d’Arcachon et l’océan atlantique se nomme « les passes » (voir sur une carte). Au pluriel, car les blancs de sables qu’on y trouve divisent en fait cette jonction en plusieurs chenaux parallèles. Du fait du bassin qui se vide et se remplit à chaque marée, les courants y sont très forts, et la plupart de marins connaissent la dangerosité des passes. En outre, au grès de marées, des saisons, des tempêtes et des années, les bancs de sables sont mouvants et les profondeurs fluctuantes, ce qui rend impossible l’établissement de cartes maritimes fiables.

Dés lors, il serait envisageable de modifier la géographie du Bassin d’Arcachon, afin de faciliter son accès depuis l’océan. Pourquoi ne pas créer de nouveaux chenaux au travers du Cap Ferret ? Ou transformer Arcachon en une île ? Vous pensez que c’est un projet délirant, vaguement envisagé pour les décennies futures ?

Et bien en fait, c’est tout l’inverse : il s’agit de projets réellement étudiés au cours du XIXème siècle !

Projet de Wissocq

En 1829, le baron d’Haussez alors préfet de la Gironde envisage d’obstruer les passes avec des carcasses de navire, reliant ainsi le Cap Ferret à la Teste de Buch. Il complète son projet en proposant une nouvelle passe artificielle qui couperait le Cap Ferret plus au nord. Dans les années 1830, le projet est retoqué par Beautemps-Beaupré, père de d’hydrographie, qui au delà de pointer les difficultés d’un tel projet, souligne que la nouvelle passe artificielle présenterait les même inconvénient que la passe initiale. Cet avis est confirmé par le cartographe Monnier.

Le projet est néanmoins défendu quelques année plus tard par Wissocq qui présente un mémoire à l’Académie des sciences. Un plus de percer une nouvelle passe artificielle aux environ de l’actuelle position du phare (zone peu élevée), lui souhaitait également relier l’Ile aux oiseaux à la cote ouest, afin de garantir un port sûr !

Le projet le plus étonnant revient toutefois certainement à Lacou, une sorte d’aventurier originaire de Mérignac, ayant eu de nombreuses vies dont auteur. Dans son guide historique publié en 1856, on peut découvrir un projet de double passes artificielles, tout en conservant la jonction naturelle :

  • La première passe coupe toujours le Cap Ferret en deux, faisant de celui-ci… une île !
  • La seconde passe est plutôt un canal ,reliant les passes naturelles au fond du bassin et faisant d’Arcachon… une autre île !

A cela s’ajoutait des projets supplémentaires de canaux permettant de rallier les les étangs et lacs du sud du Bassin.

Extrait de la carte de Lacou

Notez cependant que si l’Homme ne se charge pas de modifier directement et volontairement le Bassin, il s’emploie à le faire indirectement du fait du réchauffement climatique. En effet, à court terme, la montée des eaux modifiera la géographie des littoraux, notamment ceux de faible altitude, et même s’il l’on ne considère pas les projections les plus pessimistes ! Ironiquement, cela aura l’effet inverse des projets évoqués ci-dessus : le bassin aurait tendance à s’élargir vers les terres. Toujours pas de nouvelle Passe, donc.

Zones immergées (en rouge) à court terme

Bon, soyons sérieux, j’envisage de proposer à la mairie de Bordeaux de bâtir une montagne place Gambetta… Qu’en dites-vous ?

Sources :

Geek bordelais, féru de science, amoureux de technologies, mordu de SF, amateur de fantasy, épris de jeux en tous genre, adepte de réflexions diverses. Et j'aime le canard, aussi.

2 commentaires

  1. J’ai mis un site similaire dans mes sources (en fin d’article) : tu peux jouer avec différents paramètres. Mais l’impact sur le bassin est assez constant. Court terme, c’est d’ici 10 à 30 ans…

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